
Est-ce que ça vous est déjà arrivé d'avoir une super idée, d'avoir des projets, des envies de changement (parfois avec un regain de motivation), mais qu'au moment où vous entrevoyez cette idée, votre cerveau se mette à tourner en boucle sur des histoires pas très chouettes ?
Vous savez, c'est quand par exemple :
Vous décidez de vous mettre à votre compte, mais au moment où les choses deviennent plus concrètes, des pensées arrivent comme : "ce n'est pas le bon moment", "tu ne gagneras pas assez", "tu ne vas pas y arriver", "si tu fais ça, tu vas droit dans le mur"...
Vous lancez une nouvelle offre, mais une histoire d'échec tourne en boucle : "Personne ne sera intéressé", "C'est trop cher", "Il y a beaucoup mieux que ce que tu proposes", "Tu dois encore affiner".
Vous organisez ou participez à un événement, mais vous n'osez pas vraiment parler de vous ou prendre la parole parce qu'un récit vous hante : "Tu t'exprimes mal", "Ce n'est pas clair", "Tu ennuies les gens", "Tu ferais mieux de te taire".
Les petites histoires, on en a plein la tête, qu'on le veuille ou non. C'est plus fort que nous : nous romançons absolument tout ce que nous vivons. Oui, face à une situation, nous avons plusieurs manières de la vivre, de la partager, mais surtout de nous la conter à nous-mêmes. Nous choisissons, consciemment ou inconsciemment, un style littéraire particulier (comique, dramatique, philosophique...).
Pourquoi avons-nous des histoires qui sont souvent négatives ? Parce que le cerveau fait tout pour nous protéger (enfin, c'est ce qu'il croit, un peu comme un parent poule qui cherche à éviter à tout prix à son enfant de se blesser ou de vivre une expérience désagréable). Mais en faisant ça, il peut nous empêcher de vivre de belles expériences et nous maintenir dans un seul style et une seule histoire. Une histoire de doute, de peur... Et parfois, cette histoire peut durer toute la vie. Oui, vous avez bien lu : toute la vie ! Parce que le cerveau préfère le connu inconfortable à l'inconnu.
On cherche souvent à faire changer l'extérieur (son travail, son entourage, le monde...) en espérant que l'histoire que l'on vit réellement change. Mais ce n'est pas aussi simple, car le cerveau récupère toujours le même livre sur la bibliothèque. Pour refaire le parallèle avec les parents qui surprotègent leur enfant : même si l'enfant a de nouveaux amis ou change d'école, si les parents continuent à tout contrôler, la vie de l'enfant restera sensiblement la même.
Mais alors, on est coincé dans un livre sans fin qu'on n'aime pas vraiment ? Eh bien non ! Il est possible de raconter d'autres histoires à son cerveau, de lui permettre petit à petit de changer de style et de récit. Et en faisant ça, vous ouvrez non seulement votre champ des possibles, MAIS vous faites surtout évoluer le personnage principal de l'histoire : vous, et donc toute votre réalité.
Pour venir illustrer cette petite réflexion autour de l'importance de partir de ce que l'on pense et de ce que l'on est pour changer son environnement, sa vie et le monde, je vous laisse avec une petite histoire que j'ai trouvée magnifique et qui permet d'ouvrir un peu sa conscience.
Un enfant rejoint son père, chercheur réputé, qui s’efforce de résoudre les problèmes de l’humanité. Guerres, terrorisme, abus, scandales... absorbent la réflexion du père.
L’enfant entre dans le bureau, tire la manche de son papa et lui dit :
— Papa, je veux t’aider !
Son père le renvoie :
— Non non, j’ai beaucoup de travail.
Mais le petit insiste :
— S’il te plaît, laisse-moi t’aider.
Le père, très très occupé, s’agace. Il y a là une revue avec une carte du monde. Alors, le père prend la carte. Avec des ciseaux, il la découpe en tout petits morceaux qu’il lui remet avec de la colle :
— Voilà, essaie de reconstruire le monde. Il croit occuper ainsi son enfant pour des jours et des jours.
Mais après deux heures, l’enfant a résolu le problème et revient voir son père.
— Comment as-tu pu faire cela ? lui dit le père, interloqué.
— Eh bien, papa, j’ai vu que de l’autre côté de la carte, il y avait la figure d’un homme. Le monde, je ne le connais pas. Mais l’homme, si. Alors, j’ai retourné tous les petits papiers.
Et j’ai d’abord reconstruit l’homme. Puis, quand j’ai retourné le papier, j’avais reconstruit le monde aussi.
(histoire confiée par Gabriel Garcia Marquez à l’écrivain argentin Adolfo Perez Esquivel, prix Nobel de la Paix – 1980).

Entre dans l'Odelà
pour recevoir des histoires, des métaphores, des réflexions et être au courant des nouveautés
Créé avec ©systeme.io• Politique de confidentialité • Mentions légales